Ceux qui restent, la genèse

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Voilà un moment que je n’avais pas eu le temps de dépoussiérer cette partie blog et je constate que les visites restent malgré tout régulières, merci beaucoup ♥ J’essaie d’être plus active sur Instagram, si jamais cela intéresse certain·e·s d’entre vous !

Mais parlons peu, parlons bien.
Je vais entamer dans quelques jours la réécriture de Ceux qui restent et je me suis dit que c’était l’occasion de revenir sur ce roman si particulier à mes yeux. Comme il y a pas mal de choses à dire, j’ai découpé ce dossier en plusieurs articles. Celui-ci parlera de la genèse du roman, deux autres articles aborderont mes références visuelles et musicales pour cet univers. Je n’aurais pas vraiment de références littéraires, si l’on se pose la question, parce que j’essaie d’éviter au maximum les œuvres aux thématiques proches des miennes pendant leur rédaction, pour ne pas être influencée malgré moi.

Alors, Ceux qui restent, ça vient d’où ?
De ma tête. L’idée m’est venue il y a un long moment, alors que je rédigeais un autre roman, parce que c’est toujours comme ça que ça marche chez moi. Je n’avais que peu d’éléments au départ : des jumeaux, la Nouvelle-Orléans, et une tempête. Pas mal mais pas assez pour en extraire quelque chose qui pouvait tenir sur la durée alors j’ai noté ce qui venait et j’ai attendu. Le déclic est arrivé bien plus tard, par le biais d’une merveilleuse période pour moi, j’ai nommé : le burn-out .

L’anxiété, notre amie (ou pas)
Je travaille dans le secteur du social et l’année dernière a été plutôt chargée de ce point de vue, comme l’on peut s’en douter. Je tirais déjà beaucoup sur la corde depuis quasi une année parce que je suis du genre à persévérer même quand les situations semblent inextricables et j’avoue n’avoir rien compris quand, à l’été 2020, je me suis retrouvée dans le bureau de mon médecin. Vidée, épuisée, à ne pas me rappeler mon propre nom ou même comment rentrer chez moi. Le verdict a été rapide et elle m’a dit quelque chose qui m’a fait peur : ou j’arrêtais tout de suite, ou j’étais hospitalisée dans les mois suivants dans un état critique. Après un arrêt maladie et des anxiolytiques en guise de béquilles, j’ai démissionné. J’ai la chance, dans ce secteur, de pouvoir retrouver du travail rapidement et j’ai pu, depuis, intégrer une structure dans laquelle je m’épanouis. Toutefois, les conséquences d’un burn-out peuvent durer des années (coucou la fatigue permanente, la concentration vacillante et les trous de mémoire) et dans mon cas, ça a renforcé quelque chose que j’ai toujours eu de façon plus ou moins prononcée au fil des années : l’anxiété.
J’ai la chance de ne pas en souffrir dans le cadre de mon travail par contre dans ma vie privée, c’est une autre affaire et j’avais besoin d’un exutoire pour évacuer le trop-plein. Je vous le donne en mille : coucou Ceux qui restent !

Les graines semées dans l’enfance développent de profondes racines. (Stephen King)
J’ai très peu préparé ce roman. Je devais l’écrire en juillet pendant le CampNano, mais c’est également là que mes problèmes de mémoire et de concentration sont arrivés à leur paroxysme. Je me suis lancée sur mes quelques jours de congés en septembre en n’ayant que mes propres angoisses, ma volonté d’écrire une histoire à la Stephen King et trois thématiques : le deuil, l’anxiété et la famille.

Le deuil, tout d’abord, n’est pas à prendre (que) au sens premier du terme, mais de façon plus globale. Les jumeaux sont loin de chez eux (ils sont Français), sans leur famille, dans un environnement de plus en plus menaçant et ils n’ont d’autre choix que de s’adapter. Le deuil dans Ceux qui restent, c’est plutôt celui de l’ancien soi, du quotidien tel qu’on l’a connu et bien sûr dans le cas des jumeaux, de son insouciance.

Nous nous couchons en échangeant des banalités, le souvenir de ce moment flottant au-dessus de nos têtes. Pendant un instant, on a retrouvé une normalité qui nous fait du bien et qui nous fait mal en même temps.
Parce que rien ne sera plus jamais comme avant.

L’anxiété quant à elle, vous l’aurez compris, ramène à cet état d’esprit entre réel et irréel, quand on se perd dans ce qu’on imagine au lieu de rester ancré. En ce qui me concerne, j’ai souvent été confrontée à de l’incompréhension quand je parlais d’hypersensibilité et d’angoisse. Difficile d’expliquer aux autres combien ce qu’ils prennent pour “rien de grave” prend des proportions énormes pour moi. Ava pour le coup a été pratiquement calquée sur moi et ses réflexions rejoignent en partie les miennes durant cette période.

J’ai eu la malchance de développer une maladie invisible. Je ne vais pas en mourir, même si ça me fait mal à m’en taper le crâne contre les murs. Je ne vais pas être physiquement diminuée, alors qu’il y a plus de nuits sans sommeil que de nuits avec. On me dit que pleurer pendant des heures à s’en couper le souffle, avoir mal au point de vouloir se labourer le visage à coups d’ongles, c’est ridicule. C’est faible.
Depuis, je n’ai plus la force de me confronter aux autres. À leurs regards surpris, ou blasés, ou pleins d’incompréhension. Et ça me gonfle, et ça me bouffe de l’intérieur. Ce n’est rien, l’anxiété.
Ce n’est pas grave. Ce n’est pas un cancer, ce n’est pas une maladie cardiaque, ce n’est pas une tumeur au cerveau, ce n’est pas un virus mortel.
C’est juste dans ta tête.
Littéralement. 

La famille, enfin. Parce qu’elle peut être source de bonheur comme l’inverse. C’est le cas des jumeaux, dans le roman. Ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, loin de leurs racines, et petit à petit les fêlures s’étendent jusqu’à former des crevasses. Les non-dits explosent et les éloignent autant qu’ils les rapprochent, un peu à l’image de marées montantes et descendantes. D’ailleurs, j’ai supprimé deux personnages de ma réécriture, pour donner encore plus de force à cette relation et je suis impatiente d’accentuer son impact.

Je frissonne, à mi-chemin entre le sommeil et l’éveil, quand j’entends quelqu’un monter les escaliers. Je crois pendant une seconde que Noah a réfléchi et a changé d’avis. Qu’il revient pour s’excuser.
L’ombre s’arrête devant ma porte. J’ignore ce qu’elle attend, je suis trop frigorifiée pour bouger.
Finalement, elle s’éloigne.
Le mur de glace se consolide dans mon torse. 

Déconstruire, reconstruire, réécrire
Aujourd’hui, à la veille de la réécriture, je vais beaucoup mieux, le synopsis a entièrement changé et la seconde version n’aura plus rien à voir avec la première. Elle sera, je l’espère, plus aboutie et abordera ces thématiques plus en profondeur. Ma volonté c’est de montrer le côté à nu de mes personnages, explorer leurs sentiments et extraire leurs peurs jusqu’à la moelle. L’avenir nous dira si j’ai réussi.

Dans le prochain article, qui sera moins long, j’aborderai mes références visuelles et la construction de l’ambiance du roman, à très vite !