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L'Aviateur

Septembre 2014. Je me réveille en sursaut au milieu de la nuit. Un texte, que j’ai écrit il y a extrêmement longtemps maintenant s’est rappelé à mon bon souvenir. Son « héroïne », Sarah, personnage renfermé et secret, est assise à son bureau, éclairée par la faible lueur de sa lampe, penchée sur sa feuille. Elle rédige une rédaction dont le sujet est : « Vous avez la possibilité de rencontrer une personne décédée (célèbre ou non). Présentez la personne choisie et décrivez votre rencontre ».

Sarah avait choisi de rencontrer Antoine de Saint-Exupéry. C’est un auteur que j’affectionne moi-même très particulièrement, également. Voici la retranscription, hélas incomplète, de sa rédaction.

Je rappelle que ce texte n’est pas libre de droits. On copie, on crédite.

Bonne lecture ! 🙂

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Mes pieds ont quitté la terre ferme. Nous sommes loin dans le ciel, les nuages nous entourent comme un cocon protecteur, le soleil nous éblouis. Nous volons vers la demeure de Saint-Exupéry.
Cette sensation de liberté qui nous étreint une fois le sol à des kilomètres de nous, est-ce cela qui l’a poussé à vivre avec son avion comme on vit avec un homme ou une femme ? Si tel est le cas, je commence à comprendre. Je suis grisée par l’altitude et plus que tout, j’ai hâte de le rencontrer.

C’est finalement après plusieurs heures de vol, alors que j’ai quitté le siège passager pour un confortable fauteuil à l’angle d’un café, qu’il se retrouve face à moi. Il porte un costume sobre et un sourire au coin des lèvres.
Contre toute attente, je suis bouche bée. Il se tient là, à quelques centimètres de moi, mais le seul bruit qui vient interrompre notre entrevue silencieuse sont les battements désordonnés de mon cœur. Nous sommes seuls, sa prestance m’impressionne. Je dois me ressaisir.

Il ne dit rien, je comprends que c’est à moi d’introduire la conversation.
Ma bouche est sèche, je tente pourtant d’entrouvrir les lèvres.

Peine perdue.
Pourtant, des questions, j’en ai plein.

Je voudrais lui demander s’il pense vraiment qu’on ne voit bien qu’avec le cœur, car tous autour de moi ne voient qu’avec leurs yeux, trompés par le prisme de la société, kaléidoscope d’images mensongères dont ils sont constamment abreuvés.
Je voudrais lui demander si les dunes ont réellement un chant et ce qu’on ressent quand on dort, nu et abandonné, à leurs côtés.
J’aimerais lui demander qui l’a inspiré, pour le personnage du Petit Prince. Sait-il qu’aujourd’hui encore son récit inspire les Hommes ? Sait-il si le renard a de nouveau été apprivoisé et si le buveur boit encore ?
Pense-t-il toujours que la terre nous en apprend plus sur nous que les livres, lui qui en a écrit de si beaux ?
Le ciel lui manque-t-il, maintenant qu’il est parti au-delà même des étoiles ?

Je voudrais à cet instant être son unique rose et qu’il prenne le temps de m’apprivoiser, moi, comme personne ne l’a encore jamais fait.

Hélas, il est trop tard.
Mes yeux se rouvrent sur le vide et le silence de mon existence. Nous n’avons rien dit.

Mes yeux accrochent le carré de ciel qui s’affiche sur mon vélux. Saint-Exupéry disait que les étoiles brillent afin que chacun puisse trouver la sienne.

Je comprends maintenant, que l’échange d’un silence nourri peut parfois être plus intense qu’un bavardage affamé. Je ferme les yeux et le visualise encore un peu, derrière mes paupières.

Merci, Monsieur Antoine de Saint-Exupéry, d’avoir été mon étoile, ce soir.

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