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Lettre ouverte à Philip Pullman

Je rappelle que ce texte n’est pas libre de droits. On copie, on crédite.

Bonne lecture ! 🙂

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Cher M. Pullman,

Je referme le premier tome de votre série A la Croisée des Mondes, et j’ai eu envie de prendre la plume pour vous témoigner toute ma gratitude.

J’ai découvert la trilogie au collège, un peu avant l’engouement des Harry Potter, sur les conseils d’une camarade de classe qui m’a prêté le premier tome en grand format en me le vendant comme « son livre préféré de tout l’univers tu vas voir c’est génial ». J’ai lu les premières pages, mais du haut de mes 12-13 ans et habituée des romans SF jeunesse et/ou polars, je n’ai pas compris pourquoi on me parlait de « daemon » ou de « poussière », je n’ai rien compris à ces histoires sombres et complexes d’empoisonnement et de fillette cachée dans un placard, aussi je n’ai pas continué ma lecture.
Mon amie était obstinée, elle était certaine qu’il fallait que je reprenne, que je persiste.
Et j’ai persisté.

Une fois l’appréhension des premières pages passées, j’ai dévoré Les Royaumes du Nord en un petit jour et demi/2 jours. Je l’ai fini en cachette, pendant la nuit, à la lueur de ma lampe de chevet que j’éteignais quand mes parents passaient dans le couloir, afin qu’ils ne soient pas témoins de ma nuit blanche (est-on naïfs, à cet âge). Je suis revenue en cours éreintée, mais avec des étoiles dans les yeux. J’ai emprunté le second tome à mon amie, puis le troisième, qui fut l’un des premiers livres devant lequel j’ai fini en larmes.
Oui, en larmes. Je pleurais comme si je venais de perdre un être cher.

Et c’est ça toute la magie de votre écriture, Monsieur Pullman. Aujourd’hui, plus de dix années plus tard, je relis A la Croisée des Mondes tous les ans, presque religieusement.
Elle a été la « saga » littéraire fondatrice de mon écriture et de la construction de mon imaginaire. J’ai été portée par ses personnages d’une façon que je ne retrouve que dans vos livres. J’ai lu beaucoup d’autres de vos ouvrages, par la suite. Je relis régulièrement la série des Sally Lockhart, que j’ai tellement aimée et devant laquelle j’ai aussi tellement pleuré. Vous avez une écriture onirique et paradoxalement si réaliste qu’on a l’impression de vivre dans vos mondes.

Je relis A la Croisée des Mondes pour la « première » fois de cette année 2014, mais c’est comme si je le lisais pour la première fois, tout court. Comme chaque année, j’ai une lecture différente, je vois les choses autrement et mon esprit est presqu’en surchauffe tant il réfléchit quand je vous lis. Tout ce que vous y dites est encore si actuel que c’en est troublant, et ce sont ces niveaux de lecture qui me font dire que vous avez créé une œuvre. Un univers intemporel pourtant similaire chaque année, avec ses nuances qu’on ne découvre qu’avec les yeux de cette maturité qui se construit avec nous.
Quand je replonge dans les rues dépourvues d’adultes de Cittàgazze, les couloirs d’Oxford ou les plaines de l’Himalaya, j’ai l’impression de revenir chez moi, en compagnie de bons amis, mais aussi de découvrir de nouveaux tapis, des plantes, des peintures différentes… De petits détails qu’on ne remarque qu’au fil du temps.

Alors ce soir, Monsieur Pullman, je voudrais vous dire merci.

Merci pour Iorek, Will, Pan, Lyra, Mary ou Lee (mon préféré), qui marchent encore à mes côtés et ont participé à la construction de la lectrice et auteure que je suis.
Merci de m’avoir permis de découvrir un monde si vaste et si complexe qu’il ne cesse de me faire rêver.
Merci pour avoir réussi à garder intacte cette petite étincelle qui s’est allumée à 12 ans, persiste à 25 ans et sera certainement encore là à 36 ans.
Merci d’avoir créé, dans la période difficile de l’adolescence, une lueur de rêve et d’espoir.

Vous faites partie de ces petites étoiles précieusement gravées dans ma mémoire et ancrées symboliquement dans ma maison. Des astres lointains qui continuent à nous apporter la lumière dès qu’il commence à faire nuit. Merci pour tout ça.

A mon humble place, je suis heureuse d’avoir cette opportunité, rare pour un lecteur, de pouvoir cheminer à « vos côtés ».

Avec toute mon affection et ma gratitude,

Lobelia

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