Pourquoi j’ai choisi l’auto-édition ?

autoedition

Nous sommes en octobre 2018, je me suis toujours dit que je ne ferais pas ce genre d’article car trop personnel, trop vu… Finalement, à la lumière des mouvements actuels (cherchez #PayeTonAuteur et #AuteursEnColère, notamment), je me dis qu’il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis.

Quelques dates-clés, pour commencer
1999 : je termine mon premier « livre », je l’imprime et le « relie » avec l’agrafeuse familiale.
2005 : je publie pour la 1ère fois sur le net. Il s’agit d’une fanfic, un univers de niche mais miracle, ça plaît !
2006 : j’expérimente l’écriture à quatre mains, et j’adore ça. Je ne publie plus, mais je n’arrête pas d’écrire.
2009 : j’ai à mon actif une dizaine de romans et quelques nouvelles. Ils sont lus uniquement par mes amies les plus proches.
2014 : je tente mon premier NaNo… et je le termine !
2015 : dix ans après, je publie de nouveau mes écrits, cette fois sur Wattpad.


Écrire ce que l’on ne peut pas dire
Vous l’aurez sûrement compris, écrire, pour moi est plus qu’un passe-temps.
J’ai toujours été une personne hypersensible, introvertie, timide. Les mots sont devenus une opportunité formidable pour coucher sur le papier ce que je ne parvenais pas à exprimer dans la vie. Je suis souvent passée par l’écrit, dès l’enfance, pour « parler » aux autres.
Plus tard, j’ai découvert la magie d’internet, ses forums, MSN… Un tout nouveau monde m’est apparu, où je pouvais m’ouvrir davantage. J’y ai trouvé des gens formidables, certains encore là aujourd’hui, d’autres qui se sont éloignés (à raison). Tous, absolument tous, m’ont encouragée à publier ce que j’écrivais. J’ai donc ouvert un skyblog, à l’époque (aïe, vieillesse), que j’ai rempli de fiches personnages et d’informations sur ce qui était à l’époque le premier jet d’Ambre.
Puis j’ai envoyé le premier chapitre à un site de fanfictions, la boule au ventre. C’était la première fois que je faisais lire ce que j’écrivais, que j’exposais ce que j’avais de plus intime. Mais quoi de plus facile que l’anonymat d’internet pour le faire, après tout ?

Écrire pour faire taire le vacarme dans sa tête
Ambre plaît. Beaucoup. Et j’en suis la première surprise.
En plus de cela, je découvre l’écriture à quatre mains. J’ai trouvé LA bonne personne, avec qui les mots coulent tous seuls. Ensemble, nous produisons pas loin d’une cinquantaine de textes (je n’ai plus le chiffre exact, une bonne partie a disparue), dont certains sont encore en ligne, aujourd’hui.
Bizarrement, j’en oublie de publier. Je n’en ai plus besoin, en fait, puisque j’ai trouvé un alter-ego d’écriture. Plus tard, nos vies respectives prennent des tournants différents, l’écriture commune s’arrête.
Lancée dans mon élan, je continue d’écrire, dans d’autres univers. Des textes comme Black Flag, Auras, Lies, Avant l’Ombre surgissent dans cette phase de boulimie écrituresque. La période coïncide avec un passage de ma vie compliqué (mais je m’en rends compte bien plus tard). Et je ne publie toujours pas. J’ai juste besoin de faire sortir tout ce qui se bouscule dans ma tête, sans forcément le réaliser.
En fait, j’applique à la lettre (haha), sans le savoir, ce que recommande Stephen King dans son bouquin Écriture, mémoire d’un métier (que j’aiiiiiime d’amour) : « Écrivez ce que vous avez envie d’écrire, insufflez-y de la vie et rendez votre texte unique en y mêlant ce que vous savez de l’existence, de l’amitié, des relations humaines, du sexe, du travail. »

Ok, c’est cool, mais la publication, dans tout ça ?
Avance rapide. Bien des années plus tard, je viens de quitter Paris et l’écriture me manque. Cela fait longtemps que je n’ai pas remis les mains dans le cambouis, je décide de tenter le NaNoWriMo. Je ne travaille pas, je me remets d’un burn-out, j’ai tout le temps qu’il me faut. Ni une ni deux, je décide d’opter pour la facilité et j’entame la première réécriture d’Infinitum. Je me lance sans autre préparation que quelques lignes de synopsis lâchées à la va-vite sur un fichier Word.
L’émulation me fait un bien fou, et je termine mon roman en quatorze jours. C’est une double victoire : non seulement j’ai écrit un roman EN ENTIER, mais en plus dans la moitié du temps imparti. Je reprends confiance en moi.
Quelques mois plus tard, je décide de partager de nouveau mes écrits. Je crée mon profil Wattpad et publie Auras, le texte que j’aime le moins dans ma production. Ironie du sort, c’est celui qui fonctionnera le mieux. Quand il atteint les 5000 vues, je panique. Trop de monde, trop de pression (c’est le festival, toute cette pression)… je suis encore très fragile, incapable de le supporter, je l’enlève. C’est finalement Abysses, qui me permet de rebondir. Il a moins de succès qu’Auras, mais il fonctionne et surtout, il est tellement aux antipodes de ce que je suis, que j’assume enfin.

Prendre de l’élan
Tout ce bla-bla pour en arriver en 2016. En avril, je finis Abysses en version roman et le laisse mûrir dans un coin. J’ai tellement aimé l’expérience d’écrire autre chose que mes états d’âme (très ennuyeux, au bout d’un moment) que je rédige coup sur coup Somnium, Amaan, et Si le Chaos demeure. Je bloque sur le dernier texte, mais je retrouve ma frénésie, alors naît Sur le Bitume. Sauf que cette fois, j’ai envie d’aller plus loin et se pose la question du mode de publication.
Est-ce que je l’envoie en maison d’édition ? Non, c’est une nouvelle. Les délais de réponse sont trop longs, on n’édite pas une nouvelle seule, c’est trop compliqué.
Est-ce que je l’auto-publie ? Peut-être, mais pas via Lulu. J’y imprime mes exemplaires, la qualité n’est pas à la hauteur de mes ambitions (je veux du pelliculage mat, bordel).
Quoi faire, alors ? Est-ce que j’ai seulement envie de le vendre ? Ben oui, je ne veux pas mourir idiote.
Et hop, on en arrive à septembre 2017, quand j’ai créé ma boutique et mis mon bouquin en vente, avec la certitude que seule ma famille daignera l’acheter. HAHA. Sur les cinquante exemplaires imprimés, il m’en reste six aujourd’hui. Sous la Cendre, la suite, a été en rupture de stock quelques jours après sa sortie. 0 pub.
Tendre naïveté.

Sur toutes les pages lues, sur toutes les pages blanches, pierre sang papier ou cendre, j’écris ton nom
Elle est chiante avec ses pavés, celle-là, ça ne nous dit toujours pas pourquoi.
Eh bien en fait… parce que je suis trop indépendante. Ce que j’aime dans l’auto-édition, c’est la liberté. Celle de choisir soi-même de A à Z comment va être construit le livre, du fond à la forme, sans que personne ne soit derrière pour changer quoi que ce soit.
Je n’ai pas plus de problème de légitimité, je n’ai pas plus peur de me considérer comme autrice. Pourquoi ? Parce qu’à partir du moment où j’ai su tenir un crayon, j’ai écrit. Je me contrefoutais de la somme potentielle que pouvaient me rapporter mes ouvrages, et je m’en contrefous encore, aujourd’hui.
Je n’écris pas pour la gloire, pour l’argent (sachez qu’il est très difficile de vivre de sa plume, auto-édition ou non), pour être reconnue et validée par… qui, d’ailleurs ? J’écris parce que j’en ai envie, et c’est toute la différence. Je veux continuer à être libre de publier (gratuitement ou pas) un texte sur quelle que plateforme que ce soit, libre d’arrêter de publier quand ça devient trop lourd, libre de me rendre à des salons que j’ai choisi, si j’en ai envie. Ou de ne pas y aller si je n’en ai pas envie. Et surtout, si je foire, ce sera de mon fait, je ne pourrais m’en prendre qu’à moi-même.
Est-ce que cela fait de moi quelqu’un d’égoïste ? Sûrement, on dit que les sagittaires sont égocentriques.
Est-ce que je vis dans un monde de bisounours ? Peut-être, aussi. Mais n’allez pas croire que j’ignore ce qui se passe autour de moi. Je ne suis pas une idiote, je vois, j’écoute, j’entends. On peut manger une forêt noire sans avoir envie d’apprendre à en faire. On peut s’intéresser au monde du livre sans pour autant vouloir en faire partie.
Le fait est que j’aime trop mes histoires pour les abandonner, et même si le silence glaçant tout autour me fait parfois très mal, je suis incapable d’arrêter. Je cherche d’autres solutions et si rien ne marche, si je vois que c’est trop lourd à porter, eh bien tant pis. J’ai un travail à côté, une poignée de lecteurs réguliers, cela me suffit. Mes personnages continueront à vivre par et pour moi, ce sera déjà amplement suffisant.

En conclusion
Je laisse le maîîîîître King s’exprimer, au travers de trois citations que j’aime particulièrement :

Si jamais vous écrivez (ou peignez ou dansez ou sculptez ou chantez, peu importe) il y aura toujours quelqu’un pour essayer de vous faire croire que vous êtes un minable, c’est tout.
Il faut parfois continuer même quand on n’en a pas envie, et il arrive qu’on fasse du bon boulot alors qu’on a l’impression d’être là, à pelleter bêtement de la merde, le cul sur une chaise.
Spéciale dédicace à certains indélicats qui sont légion, en ce moment : Prenez tous ces messages, toutes ces leçons morales et collez-vous-les là où le soleil ne brille jamais, d’accord ?

Citation non créditée : Liberté, poème de Paul Éluard
Crédit photo : Shelby Miller (Unsplash)

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