Ceux qui restent, références visuelles

raven

S’il y a bien une chose que j’ai du mal à distiller dans mes textes, c’est une ambiance.
Pendant l’écriture en tout cas, il y a toujours ce moment où je m’arrête et me demande comment ça marche ces bestioles. Qu’est-ce que je dois décrire ? Et comment ? En général, je laisse mes écrits tels quels et je me pose de nouveau la question à la relecture du premier jet. Et puis je me rends compte qu’en réalité, l’ambiance est déjà là, je dois « juste » l’accentuer. Avec le temps et l’expérience, j’ai compris que si ça fonctionne chez moi, c’est parce que c’est instinctif. Je fais partie de ces gens qui ne peuvent pas commencer un roman s’ils n’ont pas des références visuelles. Impossible donc de ne pas passer des heures à chercher des photos de mes personnages, des endroits où se passe l’histoire, de regarder des reportages sur les évènements que je vais raconter et de m’imprégner de tout cela avant de me lancer. Pour Ceux qui restent, j’ai même passé des heures sur Google Maps à retracer le trajet que font les jumeaux de l’aéroport à la maison qui les accueille, à noter le détail de chaque route et les panneaux qu’ils sont susceptibles de croiser. Je sais que ça peut paraître étrange, mais c’est un gain de temps considérable par la suite pour décrire les lieux et les sensations de mes personnages.

Allez, on accroche sa ceinture et nous voilà parti-e-s pour un tour d’horizon de tout ce qui a servi à construire l’ambiance du roman !

La Lousiane & l’aéroport Louis Armstrong

Pour celleux qui l’ignorent encore, Ceux qui restent raconte l’histoire de jumeaux, Noah et Ava Seydi, qui s’apprêtent à quitter la Nouvelle-Orléans après un road-trip de trois semaines à travers les États-Unis, pour rentrer en France. On est en période d’Halloween, il est tard, il pleut beaucoup, mais l’atmosphère générale est empreinte de jolies couleurs et les jumeaux vont même croiser des gens costumés. De la ville, on ne voit que l’aéroport qui en lui-même est une petite merveille architecturale (cliquez pour agrandir les photos), car le reste du récit se situe dans une autre ville non loin.

Élément important : Ceux qui restent ne se passe pas à notre époque, l’histoire se situe dans un futur très proche mais qui implique tout de même de prendre en compte des évolutions technologiques et sociétales. J’aime mélanger les ambiances donc les évolutions en question restent très discrètes et sont mentionnées par petites touches tout au long du roman.

Le trajet en taxi

Rapidement, les jumeaux dégotent une maison en location et vont quitter l’aéroport pour s’y rendre. C’est là que Google Street View est entré en jeu car les lieux mentionnés existent réellement. Alors bien sûr, pour que l’ensemble soit crédible je leur ai réinventé une localisation (la distance entre les deux est moins grande, par exemple) et une histoire. Visuellement cependant, cela reste presque quasi identique. La seule difficulté c’est d’imaginer ce trajet en plein milieu de la nuit et sous une pluie battante !

La maison

ZE lieu à maîtriser, car tout le reste du roman est un quasi huis-clos entre les murs de cette maison. Elle fait partie des éléments que j’ai dû travailler en amont et décortiquer en long, en large et en travers. Je me suis très librement inspirée d’une vraie maison située au cœur de la Oak Alley Plantation, dans la petite ville de Vacherie (ça ne s’invente pas) et qui est sans doute l’une des plus connues (les joueur.se.s l’ont peut-être croisée dans Red Dead Redemption par exemple). Pour le coup, il était très facile d’imaginer une ambiance pesante et glauque car la maison a été prise en photo de multiples fois, pendant toutes les saisons et un concours de photographie est même organisé régulièrement.
Pour les besoins du roman, elle a été remaniée. Elle est moins grande mais toujours plantée au bout d’une allée de chênes centenaires qui contrairement à la réalité, mène à l’entrée et non à l’arrière. Elle a toujours deux étages et l’intérieur a été modernisé, certaines pièces sont même encore en travaux. Quand ils cherchent des infos sur la maison, les jumeaux vont s’apercevoir qu’elle servait de musée (ce qui est le cas aujourd’hui) avant d’être abandonnée après les différentes épidémies de Coronavirus (oui, je rappelle que Ceux qui restent se passe dans le futur) et rachetée par quelqu’un qui a souhaité rester anonyme. J’ai repris des éléments de l’intérieur actuel également et fun fact : la première pièce que j’ai imaginée en préparant le roman est la salle de musique. Or, je me suis aperçue en tombant sur les plans d’Oak Alley que la maison a également une salle de musique qui ressemblait énormément à ce que j’avais en tête. Un signe de l’univers, j’ai envie de dire. Toutes les photographies sont issues soit du site officiel, soit de la page Facebook ou du compte Instagram.

L’atmosphère globale

Une fois tous les éléments en place, il fallait retranscrire davantage cette ambiance poisseuse, humide, presque lourde de cette nuit d’hiver et des jours suivants. Comme toute bonne histoire de fantômes, beaucoup de scènes se passent la nuit ou dans l’obscurité, mais pas que. Car c’est aussi toute la difficulté d’écrire un roman fantastique : il faut réussir à sortir des clichés les plus évidents ou du moins les détourner assez pour que le lecteur croit telle chose va se dérouler… et le surprendre. Pour ce faire, j’adore créer des tableaux Pinterest afin de jongler entre les images et créer un ensemble cohérent qui se rapproche de ce que je veux pour le roman.
Malheureusement je ne peux pas vous donner le lien (le tableau est privé) car beaucoup d’éléments vont spoiler l’histoire et ce serait dommage, n’est-ce pas ? ^^

Globalement, Ceux qui restent comporte plusieurs ambiances qui s’entremêlent, parfois aux antipodes les unes des autres et c’est un équilibre très subtil à maintenir. A l’heure où j’écris cet article, le roman a été entièrement remanié et il reste beaucoup de travail à faire dessus. Non pas sur le fond, qui approche de quelque chose de cohérent et publiable, mais sur la forme. Car ce que je veux que l’on retienne de ce roman, au-delà des messages que j’essaie d’y faire passer, c’est surtout son atmosphère. Verdict dans quelques mois et en attendant, on se retrouve bientôt pour parler de l’ambiance sonore et musicale !

Un extrait non-corrigé pour la route ?

Je marche dans les traces de mon frère qui, pourtant, ne brille pas par son sens de l’orientation.
Mes baskets ne sont pas étanches, mes chaussettes sont trempées et je glisse à cause du poids du sac. Mais je ne dis rien. Je songe à la bonne paire de chaussures qui a fini dans l’océan, en m’amusant bêtement. À Montpellier, on n’a pas besoin d’acheter des trucs qui résistent à la pluie, c’est plutôt l’inverse. […]
Les rues que nous traversons ne sont pas très accueillantes non plus, surtout par ce temps. Les rares maisons que l’on croise sont calfeutrées, à tel point qu’on croirait marcher dans une ville fantôme. Des gens clouent encore des planches sur leurs fenêtres et j’entends par intermittence les chaînes de télévision à mesure qu’on passe devant.
L’orage gronde, il nous suit à la trace comme un félin en chasse. Tantôt calme, tantôt à la limite de nous bondir dessus. On dirait qu’il s’amuse à nous faire peur, je sursaute à chaque coup de tonnerre.
On avance sur une route déserte, bordée d’arbres décharnés par l’automne qui foutent la frousse. Je m’attends à ce qu’on nous enlève et nous étrangle à chaque pas.